date de création
5 mai 1999

dernière mise à jour --
20 juin 2017

 
RECOLLECTION GRM


Luc FERRARI 
'Hétérozygote / Petite symphonie'
LP
Réf : REGRM 017
15,50 €
“Hétérozygote”. Composé entre décembre 1963 et mars 1964. Hétérozygote en biologie signifie : plante dont l’hérédité est mixte. Ceci veut dire que dans cette composition, l’expérience tentée est de fabriquer un langage se situant à la fois sur le plan musical et sur le plan dramatique.
On pourrait appeler ce genre de musique “Musique Anecdotique” car, si l’organisation des événements est purement musicale, leur choix propose des situations se justifiant sur deux plans : celui de la musique et celui de l’anecdote. L’anecdote est pourtant assez peu formulée et est susceptible de diverses interprétations. L’auditeur est alors invité à s’imaginer sa propre anecdote en rejetant – si besoin est – celle que l’auteur propose.
Plus exactement, l’auteur propose un complexe anecdotique pouvant avoir plusieurs significations. L’œuvre précédée par une ouverture est composée de huit tableaux séparés ou non par des intermèdes.
“Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps” (1973–1974).
« Cette musique électroacoustique fait partie d’une série de ce que l’on pourrait appeler « paysage imaginaire sonore ». Contrairement à Presque rien ou le lever du jour au bord de la mer, où le paysage se raconte lui-même, ici c’est un voyageur qui découvre un paysage et qui essaie de l’évoquer comme paysage musical. Nous étions, Brunhild et moi, dans les environs des Gorges du Tarn.
Nous avons eu l’idée de prendre une petite route qui escaladait une montagne rocailleuse pendant une dizaine de kilomètres.
Après un dernier tournant s’ouvrit devant mes yeux un paysage totalement inattendu. C’était le coucher du soleil. Devant nous, un plateau très vaste s’étalait avec de courbes douces jusqu’à l’horizon, jusqu’au soleil. Les couleurs allaient du jaune d’herbe sèche au mauve du lointain, passant par le noir de quelques petits bosquets ponctuant l’espace. La nature presque vide s’offrait à l’œil sans aucun obstacle. On voyait tout.
Plus tard, lorsque je me suis ressouvenu de ce lieu et des sensations que j’avais éprouvées, j’ai essayé de composer une musique qui soit capable de faire revivre mon souvenir.
Le « Causse Méjean » est un haut plateau d’une altitude d’environ 1000 m dans
le Massif Central. Il est ponctué par des fermes loin les unes des autres. Quelques personnages rentraient leurs troupeaux de brebis. J’ai eu l’idée d’évoquer cette présence d’humains solitaire et diffuse par des fragments de conversations que j’ai eues avec quelques-uns des bergers.
Le langage humain est intégré dans la texture musicale ; le son de la voix dit bien plus que ce qu’elle dit réellement.
Un des bergers disait un jour : « ... Je ne m’ennuie jamais. J’écoute le paysage. Quelquefois je souffle dans ma flûte et j’écoute l’écho qui me parle... ».
C’est en pensant à lui, que j’ai utilisé la flûte et son écho dans ma musique. »
Luc Ferrari. Le 18 octobre 2002

“Dix années séparent Hétérozygote œuvre concrète considérée comme étant la première à employer des «  matériaux sonores à caractère anecdotique  » de cette Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps, cette «  tentative de reproduire musicalement l’impression d’un paysage  ». Dix années parmi les cinquante dans lesquelles s’est déployée l’œuvre incomparable de Luc Ferrari, œuvre affranchie de tout dogme et qui forge, à travers une écoute curieuse, un hymne au monde vivant, à l’exploration et à la découverte des choses, des hommes et des femmes qui le peuplent.” (François Bonnet, Paris, 2016)
Luc FERRARI 
'Presque rien'
double LP
Réf : Regrm 005
21,00 €
Réédition.
“Presque rien n°1, le lever du jour au bord de la mer” (1967-1970). Après la disparition totale des sons abstraits, on peut considérer cette pièce comme une diapositive sonore
et l’aboutissement de toute une évolution. Restitution réaliste la plus fidèle possible d’un village de pêcheurs qui se réveille. Première idée du minimalisme.
“Presque rien n°2, ainsi continue la nuit dans ma tête multiple” (1977). Description d’un paysage de nuit que le preneur de son essaie de cerner avec ses micros, mais la nuit surprend le “chasseur” et pénètre dans sa tête. C’est alors une double description : le paysage intérieur modifie la nuit extérieure et la composant, y rajoute sa propre réalité (imagination de la réalité) ; ou, peut-on dire, psychanalyse de son paysage de nuit ?
“Presque rien avec filles” (1989). Dans des paysages paradoxaux, un photographe ou un compositeur est caché, des jeunes filles sont là en une sorte de déjeuner sur l’herbe et lui donnent, sans le savoir, le spectacle de leur intimité.
“Presque rien n°4, la remontée du village” (1990-1998). J’ai toujours hésité avant de faire circuler un Presque rien. Par exemple le premier a mis deux années avant de sortir de sa cachette et ça a continué ainsi. Et pour le quatrième, il a fallu neuf années d’hésitation. Mais le voilà. Peut-être c’est parce que c’est un vrai faux Presque rien où la réalité et le mensonge sont mêlés. Il s’agit de la remontée du vieux village de Vintimille.
Jean SCHWARZ 
'Erda Suite N'
LP
Réf : REGRM 016
15,50 € indisponible
“Erda” (1972)
Ce travail est l’illustration de mes premières recherches faites dans un studio professionnel de composition. Après avoir étudié chaque appareil et effectué des branchements plus ou moins hybrides, j’ai choisi de composer plusieurs courtes séquences, chacune étant l’expression d’une recherche à partir d’une manipulation et sur une couleur sonore bien définie. Un background de percussionniste et de jazzman m’a incité, en outre, à faire dans chacune de ces séquences une étude rythmique.
Erda comprend sept mouvements :
1. Variations : Longue trame où se mêlent des variations de grains.
2. Cellules : Ce mouvement est constitué par un groupe de cellules mélodico-rythmiques qui se poursuivent de la voie gauche à la voie droite. Le caractère un peu rauque et acide des sons carrés, que l’on retrouve dans plusieurs mouvements, est un rappel des sonorités de saxophones et de cuivres avec sourdines tels qu’ils sont utilisés dans le jazz actuel.
3. Grillons : Evocation du monde des insectes.
4. 54 oiseaux : Chants d’oiseaux stéréotypés tels que les donnent les générateurs du studio 54.
5. Erda : Hommage à la Déesse de la Sagesse et de la Terre dans l’Or du Rhin et dans Siegfried.
6. Génorgue : Cette séquence est un peu le miroir de Cellules. Le son a toutefois perdu de son agressivité ; il se rapproche de celui de l’orgue et de celui du piano électrique.
7. Klook : Figures rythmiques de batterie telles que Kenny Clarke, dont Klook est le surnom, me les enseignait.
8. In memoriam J.C. : Hommage à John Coltrane.

“Suite N” (1982)
Réalisation : studio de composition numérique de l’Ina GRM, avec le concours de Bénédict Maillard et Yann Geslin. Commande de la Direction de la Musique et de l’Ina GRM.
Dans un studio de composition, recherche musicale et délire ne sont pas très éloignés. Après le travail sur le son capté par microphone et les folies qui en résultent : grossissement exagéré, inversion, transformation, apparaissent les synthétiseurs et leurs démentes possibilités.
Etape suivante : l’ordinateur, l’un des plus purs produits de la logique. Seulement le musicien se méfie du robot : aux modèles formels et mathématiques, il va préférer les siens et se servir de l’ordinateur comme d’un instrument.
C’est en tout cas, semble-t-il, le choix opéré par l’équipe informatique qui gère le studio 123 du GRM, et il faut s’en féliciter.
L’ordinateur PDP 11 du GRM, peut faire de la synthèse à partir de n’importe quel instrument grâce au programme MUSIC V.
Il peut aussi, et surtout, transformer et traiter n’importe quel son qu’il suffit de mettre en mémoire :
Accumulation de séquences, contraction, étirement, accélération, ralentissement, lecture à l’envers, spatialisation, filtrage, variation de vitesse, etc.
Et ceci dans des limites beaucoup plus étendues que celles des moyens analogiques traditionnels.
Le propos de “Suite N” a été d’une part de n’utiliser que des sons issus de l’ordinateur, soit par synthèse directe (MUSIC V), soit par traitement, d’autre part de travailler sur une forme.
A, B, et C correspondent aux expositions des thèmes, A’, B’ et C’ à leurs variations.
Chacune des neuf familles de sons représente un instrument différent. Une fois les motifs réalisés, ce sont ces mêmes motifs et leurs variations qui sont réutilisés dans le développement de la pièce.” Jean Schwarz

“Jean Schwarz est une figure à part dans le monde de la musique électroacoustique. Venu d’un sillage double, celui du jazz et de l’ethnomusicologie, il a traversé les époques et les genres avec une même singularité, infusant l’art acousmatique dans l’improvisation, dans les ballets, dans le cinéma. Erda et Suite N, chacune à leur manière, témoignent de ce goût unique qu’à Schwarz pour l’exploration du son de ses métissages et de son pouvoir d’évocation.” François Bonnet, Paris, 2015
Iannis XENAKIS 
'GRM Works 1957-1962'
LP
Réf : REGRM 007
15,50 €
Réédition.
“Concret PH” (1958). Bruxelles, 1958 : Exposition Universelle. L’industriel Philips commande à Le Corbusier le célèbre “Pavillon Philips” : “je vous ferai un poème électronique, déclara-t-il. Tout se passera à l’intérieur : son, lumière, couleur, rythme”. C’est Iannis Xenakis qui réalise le schéma architectural et compose “Concret PH”, qui devait préparer psychologiquement le public au spectacle élaboré à l’intérieur, accompagné d’une musique de Varèse.
Les 400 haut-parleurs qui tapissaient la coque devaient remplir l’espace par la scintillation sonore de “Concret PH”, réaliser une émanation commune de l’architecture et de la musique, conçues comme un tout : la rugosité du béton et son coefficient de frottement interne trouvaient comme un écho dans le timbre des scintillations.
“Orient-Occident” (1960). L’œuvre fut à l’origine composée pour un film d’ Enrico Fulchignoni pour l’UNESCO. Le film décrit une visite du musée invitant à la comparaison d’objets d’art produits par diverses cultures et mettant en évidence leur interaction depuis la plus lointaine antiquité. D’un point de vue abstrait, le compositeur considère cette œuvre comme une solution au problème de la recherche de moyens de transition fortement diversifiés, destinés à relier un type de matériau à un autre. On assiste en effet à une gradation variée des mutations, entrecroisements, superpositions, cross-fading, déplacements soudains, points de jonction dissimulés.
“Diamorphoses” (1957-58) . Continuité et discontinuité dans l’évolution, voilà deux aspects de l’être, en opposition ou en communion. Dans les "Diamorphoses", cette antithèse, a été travaillée dans les passages de certaines sonorités à d’autres très opposées, mais tout spécialement dans des organisations de variations continues des hauteurs moyennes ou “statistiques”.
“Bohor” (1962)
Bohor ou Bohort l’Exilé, cousin de Lancelot du Lac, appartient au cycle médiéval du roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. "Bohor" est dédié à Pierre Schaeffer. C’est volontairement que l’auteur n’a donné aucune indication descriptive à propos de son œuvre, laissant à l’auditeur le soin d’y choisir lui-même un itinéraire imaginaire Pour cette édition, nous avons choisi la version révisée en 1968 par Iannis Xenakis lui-même, version à ce jour inédite.
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Bien que Iannis Xenakis n’ait jamais fait de la ’musique concrète" dans le sens où Pierre Schaeffer l’entendait, le GRM a été le lieu d’expérimentation pour sa pensée sur le son et les structures sonores. Les œuvres composées entre 1958 et 1962, font preuve d’une audace tout aussi avancée que son approche orchestrale.
Les relations entre Schaeffer et Xenakis ont été tendues plus d’une fois, mais avec une reconnaissance réciproque et un respect vis à vis de l’approche musicale de l’ailleurs, "Bohor" lui est dédiée, comme en témoigne la lettre envoyée par Xenakis le 8 octobre 1968 : "Cher Pierre, j’ai décidé de te dédier Bohor par amitié et par reconnaissance pour ton apport à la musique. Je souhaite que ceci te fasse plaisir". Schaeffer trouvait l’œuvre démesurée en termes d’intensité, mais il a apprécié la dédicace.
Les quatre œuvres proposées ici, toutes réalisées au GRM, témoigneront, à n’en pas douter, de la volonté expérimentale et du caractère proprement "physique" de la musique de Xenakis, en tant qu’elle offre à l’auditeur une expérience d’écoute d’une rare intensité. (François Bonnet & Christian Zanési)