date de création
5 mai 1999

dernière mise à jour --
28 novembre 2017

 
Articles concernant PHOSPHOR



PHOSPHOR 
CD
POTLATCH
Réf : P 501
15,00 €
Phosphor, un ensemble de huit musiciens de Berlin tous passionnés par une certaine forme de retenue, de réduction et de construction d’objets complexes. Burkhard Beins (percussion), Alessandro Bosetti (saxophone soprano), Axel Dörner (trompette, électroniques), Robin Hayward (tuba), Annette Krebs (guitare électroacoustique), Andrea Neumann (cadre à piano, électroniques), Michael Renkel (guitare acoustique), Ignaz Schick (électroniques).

“Berlin - archipel construit sur les ruines de l'Histoire - les frontières entre l'Est et l'Ouest ont été déplacées, sans avoir été réellement effacées, on en voit encore les traces sur le visage des résidants des quartiers de l'ancien Est. Berlin est une ville en reconstruction, chantier permanent, dans l'attente d'une nouvelle architecture commerçante et bureaucratique plus performante. Nous ne jouerons plus dans cette ville. Lang, Rossellini et Godard sont oubliés, Brecht et Benn oubliés, entrés dans une époque d'accélération du mouvement des choses, surexposés, sans mémoire. Berlin a été un temps occupée par des squats alternatifs, îlots d'insurrections aux normes sociales, de collectifs d'artistes qui avaient pour projet d'expérimenter la vie et de porter la critique contre la culture de l'American way of life (et son pendant stalinien), des groupuscules de musiciens détournaient les rebuts de la société industrielle pour produire des émeutes soniques et puis silence radio, le mur tombait sous les break beat techno et le violoncelle de Rostropovitch. Aucune nostalgie, des faits.
Phosphor apparaît dans cette topographie urbaine comme un territoire accidenté, un pli dans l'Histoire révisée, ouvrant sur des chemins de traverse oubliés, pratique collective du son, non pas comme la reproduction des Company Weeks, mais comme partage et ouverture de cette aire de jeux à l'hétérogène, aux dissonances de l'époque. Travaillant à leur tour dans une économie de crise, une limitation des moyens. "Bruit" — il nous faut bien passer par une définition de cette musique — comme l'instant critique de ce que l'on nous vend habituellement comme musical; à l'oreille de faire tout le travail, d'entendre ce qui agit là. Non pas l'addition d'individualités (pourtant remarquables), mais leur soustraction dans un son atopique (métallique), coupe transversale d'une courte unité de temps gagnée par la théorie du chaos, la beauté du désordre (quand l'essentiel de la musique est acquise au séquençage policier du temps) .
Certaines parties renvoient à la musique industrielle des années 70/80, quand le champ social (les bruits du travail) s'immisçait dans le champ de l'art (et souffler dans un tuba ou une trompette est corps au travail, une mastication du son en bouche). "Musique" faite de vibrations, de clicks and cuts, de textures abrasives, de résonances acoustiques, l'instrument reste ce corps infini, comme une limite à déplacer, il est encore question de frontières ici (non pas à rétablir mais à abolir). L'aventure sur ce terrain bruissant met l'écoute à rude épreuve, par l'effondrement des repères dont on use habituellement : notes, harmonie, psychologisme, métrique, l'identification de la source, rien ne sert. Ce qui prévaut à l'écoute de cet enregistrement, c'est la complexité du son, mixage des sources dans une indétermination de principe, où par morale, arythmie jouée contre le principe de cause à effet, ceci est une guitare, rien n'est moins sûr. La musique de Phosphor est poreuse aux bruits de la ville, elle les transforme et les déplace, recompose notre mémoire du son sur d'autres bases. Huit musiciens assemblés pour reconstruire un archipel sonore abstrait, les sons pris dans le concret de l'instrument, détournant quelques circuits intégrés aussi; pour autant il n'y a pas une masse compacte à laquelle on se heurterait, il y a des moments où les sons se rétrécissent, se creusent, disparaissent, des plans qui se déplacent, du micro au macro, tachisme sonore, sculpture de volumes. Des moments de presque silence, il n'est jamais total dans une ville, il y a toujours une vague rumeur en fond.
L'improvisation s'est déplacée dans le champ électronique, jouant de cette belle confusion entre l'acoustique et le son des circuits imprimés, des néons et des autoroutes, poésie d'un temps fuyant dans un hors champ, dans ces non-lieux de notre modernité, lieux de passage, de vitesses et de lenteurs. Cette écoute devra être vécue comme une dérive dans l'histoire de la musique, de John Cage à Einsturzende Neubauten. Peut-être faut-il se poser la question de ce qu'il y aurait de nouveau ici, depuis le Machine Gun de Brötzmann, de nouveau encore après toute cette "improvisation libre" qui a construit ses propres idiomes depuis, répétitions innombrables de ces collectifs d'improvisateurs, répétiteurs d'une liberté donnée comme principe, factuelle. Et si la question du nouveau était une mauvaise question, qu'il s'agissait moins d'inventer que de détourner, d'oublier les techniques apprises, de mettre la musique (celle qu'on pratique dans les salles de concert) au niveau de la vie sociale et de son bruit, de sa poésie brute. Nul doute que certains vont grincer des dents comme les sons ici grincent entre eux, se frottant l'un sur l'autre, qu'il y aura un effort à faire pour comprendre les forces magnétiques qui œuvrent là. Nul doute que ce bruit soit la musique de ce siècle commençant, pour qui veut entendre.” Michel Henritzi
PHOSPHOR 
'II'
CD
POTLATCH
Réf : P 109
15,00 €
Phosphor : Burkhard Beins (percussion, objets, etc.), Axel Dörner (trompette, électroniques), Robin Hayward (tuba), Annette Krebs (guitare, objets, électroniques, magnétohone), Andrea Neumann (cadre de piano, table de mixage), Michael Renkel (guitare classique préparée, ordinateur) et Ignaz Schick (tourne-disque, objets, archets). Enregistrés à Berlin, durant le mois de septembre 2006. 'Le groupe berlinois Phosphor (1er CD paru sur Potlatch en 2002) constitue l'une des rares formations de cette taille (sept musicien-nes) à pratiquer l'improvisation totale. La large instrumentation (cuivres, cordes, électronique, percussions) et l'expérience acquise ouvrent la voie à de vastes perspectives sonores ainsi qu'à des mises en équilibre captivantes.'